Les (més)aventures de Phèdre : La boxe et la crotte

15 novembre 2013
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Cher lecteur, chère lectrice,

J’ai envie, en cette belle matinée d’octobre, de partager avec toi une épopée particulièrement poétique qui restera gravée dans les annales familiales sous l’appellation ronflante de :

La Grande Affaire des Cinq Crottes.

Tout commence le jour où, pénétrant dans mon garage, je tombe nez-à-nez avec l’Homme affublé d’un protège-dents à la Rocky Balboa. Frétillant tel un brochet pris dans les filets, il m’annonce avec une allégresse non contenue, oubliant même de retirer son dentier qui lui donne l’air de sortir tout droit de La Planète des Singes : « Fe me fuis infcrit à la bofxe ! ».
Wonderful, me dis-je. L’activité sportive, y a que ça de vrai (avec les Croustilles au fromage) (et la raclette). Je sens monter en moi la sève de l’esprit pom-pom-girlesque et applaudis chaudement à l’initiative. C’est la classe intégrale. Un avenir brillant s’ouvre à nous : je serai son Adrienne et brandirai fièrement l’étendard de ses quadruples victoires olympiques.
Mais lorsqu’il balance, l’air de pas y toucher, qu’il ira DEUX SOIRS par semaine, je frémis, tressaille et me liquéfie à la manière d’une cire prête à torturer d’innocentes aisselles.

Ouais. Parce qu’il faut savoir que le 18-20h, chez nous, c’est tendu comme un string de body-buildeur. C’est l’apothéose de l’inventivité-made-in-connerie enfantine… C’est le moment où, par un accord tacite et pervers, notre douce progéniture se transforme en Charybde et Scylla et met en branle toutes sortes d’activités particulièrement imaginatives telles que :
- L’enfournement de petits pois par le nez pour voir « si on peut les recracher par la bouche »…
- Le découpage de PQ en lanières, histoire de se déguiser en momie…
Bref. Rencontrer Freddy Krugger, en comparaison, c’est du p’tit lait.
Mais stoïquement, j’acquiesce. Il ne sera pas dit de moi que je suis infoutue de gérer seule deux Lardons.

Mardi soir, 19h30. L’Homme part se Tysoniser, me laissant donc l’insigne honneur de m’occuper du coucher des gnomes. Je ricane d’aise et m’autorise même à me frotter les mains : j’ai préparé l’Affaire depuis une bonne semaine et mis en place une stratégie aussi huilée que le nez d’un ado afin de ne pas sombrer dans le chaos. Je maîtrise. J’assure. Nous mangeons donc dans un calme si religieux que le Pape lui-même en crèverait de jalousie. Après un visionnage minuté de Dora and the unicorn, épisode tout à fait édifiant, vient l’heure fatidique du coucher.
Je m’autorise une ou deux respirations dans le plus pur esprit Karma-Yoga puis monte avec Lardon et Lardonne. J’ordonne à celle-ci de ne faire STRICTEMENT aucun bruit quand j’endormirai son frère sous peine d’interdiction à vie de Lego/Dragibus/Disney. J’insiste lourdement : AUCUN, mais aucun bruit. Aucun. De chez aucun. Ne PAS sortir de sa chambre. En aucun cas. Elle acquiesce, super impressionnée par mes sourcils menaçants. Je jubile. Ma Grande Autorité Naturelle m’éblouit.
Je pose Lardon dans son lit et, après avoir joué à la crêpe suzette, se tournant et se retournant inlassablement en me tenant la main, il s’endort. Victoire. Je sors de son antre, me dirigeant vers celui de Lardonne qui n’a pas bronché.

Alors que je m’auto-congratule et songe à écrire un guide qui s’intitulerait « Mères perdues, comment endormir vos enfants ? Dix conseils pour une vie familiale sereine », un détestable fumet envahit mes narines délicates. Une intolérable vague olfactive m’assaille. Une odeur plus nauséabonde qu’un pied tout juste démoulé de sa basket… Une ignoble senteur… Une senteur… d’excrément. Oui.

Que s’est-il passé ??? Comment est-ce possible ???

Les rouages de mon cerveau fonctionnent au maximum et ça s’agite autant qu’un houla-hop, là-dedans. Soudain, illumination : Une vache a dû s’introduire fourbement dans mon salon, poser sa bouse tranquillou sur mon tapis Ikéa et l’odeur s’est propagée, telle une infernale épidémie de poux, jusqu’au premier étage. Mais quand je descends vérifier, point de bovin à l’horizon.

Je rentre alors dans la chambre de ma fille… et là, ébahissement et effarement. Vision d’horreur : cinq petites crottes bien rondes sur la moquette. Quatre petites crottes intactes + une dans laquelle est plantée… une fourche de playmobil. Une fourche playmobil. Une fourche playmobil, putain. Celle-là même qui sert à donner le mini-foin aux mini-poneys de la mini-ferme top mignonne qu’on lui a achetée. Oui. Une fourche plantée dans une crotte. Entourée de quatre autres crottes.

En mon âme stupéfaite, le choc n’a d’égal que l’effroi et je sens une sourde colère m’envahir. Je me retiens, invoque l’esprit de Calme-sous-le-vent, grand maître indien du temps jadis. Souffle comme un bœuf pour évacuer la rage. Tourne cinq fois ma langue dans ma bouche mais je ne puis me retenir. Je me la joue cocotte-minute en fin de show et explose : COMMENT une fille aussi soignée qu’elle, qui fait ses besoins proprement depuis l’âge de deux ans, a t-elle pu commettre une telle infamie ??? Sérieux, je suis presque prête à la renier. Je tempête, je gesticule sous l’œil mi-honteux, mi-hilare de ma fille. Je sens bien que mes yeux sortent de leurs orbites, que je postillonne comme Madame Foustaly, mon ex-professeur d’histoire-géographie et que ma Grande Autorité Naturelle fout le camp à la vitesse du Space Moutain.
Soudain, démunie, je hurle : « Mais POURQUOI ??????????????? POURQUOI ?????????? »


Et là, la réponse vient. Claire. Nette. Enfantine.« Ben tu m’avais dit de pas faire de bruit et de rester dans ma chambre. J’ai obéi. Mais j’avais la crotte au cul. Alors j’ai fait comme Dodo-le-chat. Et j’ai crotté par terre. »

Je comprends. Mais…

« Mais la fourche ? POURQUOI ????????? POURQUOIIIIIIIIIIIIII ??????????? »
Lardonne, atterrée par mon ignorance crasse, rétorque :
« Ben maman, c’est sale de toucher le caca avec ses mains et je voulais les cacher sous le lit pour que tu ne vois rien… »

Voilà.
Que puis-je ajouter ?
Une enfant de trois ans et demi m’a mouchée.
J’abandonne toute velléité de manuel à l’usage des mères perdues alors que je collecte précautionneusement les crottes et que je jette la fourche, n’ayant pas le courage de la laver. Je me promets de tempérer un max mon côté Terminator-du-mardi-soir à l’avenir.

Ici s’achève la folle épopée de la semaine et sur ces considérations crottesques, je te laisse, cher lecteur, chère lectrice. On est vendredi et, la vie étant une fête, l’Homme repart boxer. Je JURE sur la tête de Fish mon poisson rouge que ce soir, tout se passera sans anicrottes anicroches.

A très vite !

Phèdre.

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2 Responses to Les (més)aventures de Phèdre : La boxe et la crotte

  1. Sand
    15 novembre 2013 at 20 h 40 min

    Quelle poilade ! Cette enfant est géniale et sa mère est une artiste ! J’ai hâte de lire le prochain article !

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