#13-La Fauteuse du mois : Madame Grès

19 février 2012
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Hélas, elle a beau être estampillée vintage, ce n’est pas dans une friperie que vous risquez de croiser une de ses robes, mais plutôt dans les réserves du musée Galliera…. Véritables trésors venus des années 40, les drapés de Madame Grès ont marqué l’histoire de la création, par leur précision impeccable, leur audace, leur élégance aux accents antiques, et surtout leur incroyable capacité à magnifier le corps féminin et ses courbes fluides.
En vérité, c’est un honneur pour moi que de vous présenter Alix, la femme aux plis inlassables, et de l’inscrire, en même temps que nous faisons collectivement l’éloge des temps et des modes passés, dans notre galerie des fauteuses universellement modernes.

Madame Grès par Crespi Femina, avril 1949, p.60. Crespi, photo extraite de Femina © Droits réservés

Remontons le temps.
A 21 ans, la jeune Germaine Krebs apprend la couture en quelques mois à peine, comme le signale sa légende, et devient modéliste pour la maison Prémet. Dix ans plus tard, alors qu’elle est déjà devenue « Alix », elle entreprend de fonder avec sa camarade Julie la maison de couture « Alix Barton », où la jeune femme commencera à affirmer le style qui devint sa marque de fabrique : le drapé au tombé parfait, structurant la coupe même de la robe, au détriment de la couture.
A partir du milieu des années 30, sa gloire et l’aura de son style n’ira jamais en se démentant. Seule, cette fois, elle fonde deux maisons successives, « Alix » puis « Madame Grès », pseudonyme emprunté à son époux peintre. Elle y perfectionne la façon de ses collections, allant toujours plus loin dans le maniement du tissu, éprouvant de nouvelles matières dont sa préférée restera un jersey de soie à l’infinie souplesse. Si la mode est éphémère, passagère, le style Grès, lui, paraît immuable : la couturière décline, saison après saison, plis et replis….. jusqu’à donner son nom au « pli Grès », resserrant spectaculairement les étoffes. Ses créations prennent alors de majestueuses allures de statues, qui, à la manière des œuvres acéphales, imposent une féminité aussi fantomatique qu’incontestable. Elles s’épanouissent dans un camaïeu de couleurs douces, privilégiant l’écru, le beige et le gris irisé – comme la pierre, mais débordent parfois dans une explosion de teintes vives et contrastées qui souligne encore davantage le travail du tissu.
Le déclin de la maison Grès est tardif, et doit davantage aux créanciers intraitables et à la mondialisation naissante qu’à l’essoufflement de l’inspiration. Cédée à Bernard Tapie, et finalement revendue à un groupe japonais, la griffe s’éteint en 1993, avec la mort de la créatrice. Les robes, quant à elles, s’installent un an plus tard au Metropolitan de New-York, comme Alix l’avait prédit…

Vers 1965 Robe de cocktail. Jersey de viscose rose pâle, ceinture en cuir et deux queues-de-rat de la même couleur. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. © Stéphane Piera / Galliera / Roger-Viollet

Madame Grès, je le reconnais, est une fauteuse sans faute. Intègre, éprise d’absolu, en quête de beauté, elle a poursuivi son but sans ciller. Un bien noble but, bien qu’il passe par l’accessoire : parer le corps féminin au plus près de son mystère et de son éclat, dans le respect inébranlable de sa nature, sans jamais, jamais le contraindre ni le façonner, mais au contraire en façonnant sur lui le vêtement.
Et tant que je bats ma coulpe, j’avoue un dernier tour de passe-passe… Madame Grès n’est pas vintage non plus. « Pour qu’une robe puisse survivre d’une époque à la suivante, il faut qu’elle soit empreinte d’une extrême pureté. C’est là le grand secret de la survie d’une création. » Le style Grès n’est en rien l’avatar d’une imagerie rétro des années 40, dont d’ailleurs il témoigne à peine. Il précède et devance les époques sans rupture: c’est le privilège des œuvres d’art.

Bibliographie et liens
- On se régalera du somptueux catalogue de l’exposition qui s’est tenue au printemps dernier à Paris.
- On regardera cette petite visite virtuelle.
- On s’amusera à surfer sur la page Facebook de Madame Grès (étrange époque que la nôtre…).
- On lira pour se détendre ce sympathique roman de chick litt, qui évoque le turpitudes amoureuses d’une passionnée de Madame Grès, sur fond d’amitié avec une grand-mère… Tout pour plaire !

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