Libertés surveillées
Ah ! Le dix-huitième siècle ! Ses boudoirs, ses billets doux, ses masques et ses voiles ! Qui n’a pas en tête une image délicieusement subversive du siècle de Laclos et de Fragonard ? Un verrou que l’on pousse, une clé que l’on dérobe, autant de situations qui nimbent le dix-huitième d’une sorte de halo érotique. Cela est encore plus vrai quand on découvre l’audace de certains textes, de Sade bien sûr, mais aussi d’auteurs oubliés de la postérité : ceux de Grandval père, par exemple, qui met en scène une certaine Vasta, Reine de Bordélie, du comte de Caylus qui fait dire au personnage principal de sa pièce Le Bordel ou le Jeanfoutre puni : « J’ai trop bu, je dégueule, cela est tout à fait naturel ; quand je bande, je fous, c’est le même principe » ou bien encore de Piron dont on rapporte ici le Testament érotique.

Le lecteur du vingt-et-unième siècle, pourtant peu farouche, peut lui-même éprouver quelques surprises à lire ce texte du joyeux luron que fut Piron, surtout connu pour sa très fameuse « Ode à Priape », qui lui coûta son entrée à l’Académie française. En effet, il semble incroyable qu’un auteur proche des Académiciens, joué à la Comédie française et admis dans les principaux cercles mondains du dix-huitième, ait pu écrire des textes aussi crus et qui s’éloignent à ce point de la décence alors prônée par la critique littéraire. Pourtant, ne nous y trompons pas : la liberté de nos ancêtres n’est finalement pas aussi subversive qu’elle en a l’air et « Si dans sa jeunesse Piron eut le malheur de blesser la décence et les mœurs, par un petit nombre d’écrits licencieux, il respecta toujours la Religion, contre laquelle il ne s’est jamais élevé dans aucun de ses ouvrages. Il a même donné des marques publiques de son repentir sincère, au sujet du scandale qu’il avait causé », rapporte Rigoley de Juvigny dans les Œuvres Complètes de Piron publiées en 1776. L’honneur est sauf.
Ne nous y trompons pas non plus : le XXIe siècle est d’un néo-puritanisme affligeant… Pour montrer un corps érotique, il faut le déguiser, le rendre comique, et légitimer l’affaire par l’évocation de la mode des années 50. Pas trop assumée, l’histoire.